Transcript 2001 - 2014

Editorial

De Marco Galea & Albert Gatt
Traduit en français par Stéphanie Lux
Thème: Malte
Texte standard | Texte mis en forme

Nous avons choisi d’explorer, dans ce 38ème numéro deTranscript, quelques-unes des particularités de la littérature maltaise.

Procéder au choix des textes a demandé une bonne dose de pragmatisme car il est bien difficile de définir ce qu’est une « littérature nationale ». Quelles pourraient être ses caractéristiques ? Et, dans le cas de Malte, une telle littérature existe-t-elle ?

Avec ses 400 000 habitants, Malte apparaît forcément comme le lieu d’une littérature « mineure » ou du moins « modeste ». Les traductions du maltais étant rares, il est en outre difficile pour la littérature maltaise d’avoir un écho important au niveau international.

De nombreux auteurs ont thématisé cette problématique dans leurs œuvres. Ainsi Jon P. Mitchell, qui définit en 2001 ses compatriotes comme des « Européens ambigus » – en référence tant à leur relation avec les autres Européens qu’avec les immigrés issus de pays non européens.

A l’intérieur même de la scène littéraire maltaise, on observe des évolutions qui correspondent à un dialogue entre des œuvres « centrales » et une « périphérie ». Nous nous sommes efforcés de tenir compte de ce phénomène au moment de notre choix.

Les quarante dernières années ont été placées sous le signe d’un mouvement littéraire appeléMoviment Qawmien Letterarju (« Réveil littéraire »), apparu en 1967, et dont les représentants sont pour la plupart nés dans les années 1940. Seuls quelques-uns des auteurs de ce courant sont encore en activité aujourd’hui. Certains ont réussi à se réinventer. Ainsi le poète Mario Azzopardi, connu pour ses poèmes engagés, qui écrit désormais également des nouvelles pour adolescents. Nous vous présentons dans ces pages trois autres auteurs de la génération d’Azzopardi : les poètes Albert Marshall et Joe Friggieri et l’auteur de prose Trevor Żahra. Ils n’ont pas tous appartenu au Moviment, mais leurs œuvres ont aujourd’hui encore une grande influence.

La disparition de la scène littéraire d’un certain nombre d’auteurs du Moviment a créé une place pour une nouvelle génération de poètes, parmi lesquels Immanuel Mifsud et Adrian Grima, nés à la fin des années 1960. Ceux-ci ont également contribué au succès d’autres jeunes auteurs, comme Norbert Bugeja ou Antoine Cassar. Mais le plus grand changement de ces dernières années vient sans doute de l’arrivée de voix féminines : Simone Inguanez, Nadia Mifsud et Simone Galea, notamment, pour ne citer que trois représentantes d’une littérature à la fois féminine et féministe. La poétesse Maria Grech Ganado est elle aussi particulièrement intéressante : même si elle est d’une autre génération, elle n’a jamais fait partie du Moviment et n’a commencé à publier qu’en 1999.

La situation est plus complexe encore pour la prose. Immanuel Mifsud, Pierre J. Meilak, Walid Nabhan ou la jeune Clare Azzopardi, pour ne citer que quelques noms, sont les auteurs d’excellents textes courts, mais reculent pour l’instant devant la rédaction d’un roman, un genre négligé de manière générale. Ainsi, à Malte, la prose contemporaine est-elle dominée par les formes courtes, tandis que les plus grands romanciers restent les mêmes : Frans Sammut (qui avait appartenu auMoviment et est décédé cette année), Alfred Sant ou Trevor Żahra.

Le choix de textes que nous vous présentons dans ce numéro est un instantané forcément incomplet de la littérature maltaise contemporaine. Loin de nous l’idée d’être exhaustifs ou de tracer des frontières. Nous aimerions au contraire contribuer à l’ouverture de la littérature maltaise, afin qu’elle jouisse d’un écho plus important.

Bonne lecture !

Image Copyright Gilbert Calleja