Transcript 2001 - 2014

Poésie – Hovhannès Grigorian

De Hovhannès Grigorian
Langue d’origine : Arménien
Traduit en français par Nvart Vartanian
Thème: Arménie
Texte standard | Texte mis en forme
Photo de la série

Photo de la série « The Closed Border », d’Anahit Hayrapetyan

Automne

Dans les rues, pendus aux arbres, les poètes se balancent. Il y a un sourire jaune sur leurs visages, entre leurs doigts – des cigarettes éteintes. Le vent survient, les balance lentement, et de leurs visages tombent des masques jaunes qui sourient. Puis des masques aux bouches ouvertes d’hilarité. Et les masques tombent avec un bruissement jaune et ensuite, tout à coup, le visage se découvre : une grosse goutte de pluie tombe sur la rue. Dans les rues, pendus aux arbres, les poètes se balancent.

Photo de la série

Photo de la série « We », d’Anahit Hayrapetyan

Chaque matin

Le matin tu n’as pas encore d’âge.
Chaque matin tu te réveilles dans le berceau
et les yeux fermés, tu sens sur ton front
la fraîcheur de la main droite de ta mère.
Et ensuite la porte se ferme en claquant :
ton père est parti au travail,
et ensuite la porte s’ouvrira et se refermera encore :
tes sœurs partiront à l’école…
Et ensuite tombera le silence, et dans la maison
ne resteront que les pas de ta mère et la voix des pleurs.
Et les yeux encore fermés, petit à petit tu reviendras à toi,
la voix de tes pleurs qui résonne dans tes oreilles…
la voix de tes pleurs… c’est ta petite fille qui pleure… dans le berceau,
les pas de ta femme… des portes qui s’ouvrent et se referment
du côté de la cuisine… et finalement tu reviens à toi,
et puis tu vieillis
en un clignement d’œil…

From the photo story "The Puppet Life" by Anahit Hayrapetyan