Transcript 2001 - 2014

Photo de la série

Photo de la série « Mass Wedding » d’Anahit Hayrapetyan

L’Amour

Voici le corps qui fut voué… à l’amour.
Voici le sang qui bat dans les veines.
Bonheur ! C’est fête !
Cette nuit sera fête, dimanche de mon corps,
Et ma féminité, pour mon cher invité mise en réserve,
Je l’ai étalée devant mon amant.
Je t’en prie. Prends, réjouis-toi. Et
Regarde ! C’est la fille de Rhatchik, chéri, c’est elle qui t’invite.
Embrasse-moi ! Après,
Tu ne vieilliras plus.
Embrasse-moi ! Après,
Tu ne tomberas plus malade.
Embrasse-moi ! Et
Jamais plus tu ne mourras.
N’est-ce pas qu’on se guérit dans le lit de l’amour ?
L’aveugle voit les mouvements de la passion.
Le muet parle avec les battements de son cœur.
Le boiteux se lève et emprunte les sentiers du corps.
Le baiser réveille la belle du sommeil de la mort.
Embrasse-moi, car
Moi non plus je ne mourrai pas.
Vois comme les mites et la rouille ont attaqué mes trésors :
Mes belles parures, mes bijoux scintillants,
mes livres de sagesse.
Quant au voleur, il a percé le mur et emporté tout mon argent.
Mais ton baiser, jamais il ne rouille.
Mais ton baiser, il perce
la muraille de Chine des mélancolies.
Avec ma bouche je m’approcherai de toi.
Avec mes lèvres, je saurai t’honorer.
Avec ma langue fureteuse, j’espionnerai ton corps entier,
Cherchant avec frénésie le rayon de miel.
Dieu qu’elles sont bonnes les lèvres sensibles de mon bien-aimé !
Bonne sa langue frénétique qui joue sur mes dents,
Habile, comme sur les touches blanches d’un clavier !
Que faire d’autre, maman ?
Sinon aller au-devant de cette promesse cachée d’amour ?
Sinon toucher de mes doigts ce brûlant tambourin ?
Le titiller des torsions de ma langue humide ?
Caresser la tige qui se dresse
Et l’inviter dans le camp de l’amour ?

[…]

Photo de la série

Photo de la série « Mass Wedding » d’Anahit Hayrapetyan.

Si les renards ont leur tanière,
Les oiseaux du ciel tous un nid,
Toi, pour tanière et pour nid, tu as mon corps.
Viens, habite en moi, mon amour !
Doux est ton joug, léger ton poids.
Monte sur ma couche, qui est comme une chaire,
Et plaide en expert avec les syllabes du corps,
Avec les déclinaisons du corps,
Les mots du corps.
Avec leur aide,
Déclame la saga de la passion.
Réclame ! Et l’on te donnera.
Frappe ! Et l’on t’ouvrira.
Même si la porte est étroite et la voie encaissée.
Car moi, j’ai préparé ta route.
Pour toi, j’ai aplani le sentier.
Conduis le char tissé de mes muscles ! Gouverne-moi.
De ta tendre cravache aux fibres délicates !
Oriente le cours farouche de la passion !
Imprime sur mon bassin le signe de tes raies
Pour que flotte sur moi ton drapeau !
Car je suis eau sauvage.
Grappe aux grains serrés.
Air friable.
Dans mon lit entre,
Viens en moi te cacher.
Inspire-moi ! Expire !
Inspire-moi ! Expire !
Inspire-moi ! Expire !
Profondément inspire-moi ! Ah ! Expire !
Ah ! Expire !
Comme il me plaît de t’absorber, mon bel instructeur,
vif ami d’oreiller.
Pas de femme au monde qui soit meilleure que toi.
Bienheureux mon ventre qui picota au passage de ta langue.
Bienheureux mes seins qui se dressèrent
au passage de ta langue.
Bienheureuse je suis, servante de mon maître,
d’avoir été bénie entre toutes les femmes.
Mère, ne te mets pas en colère.
Vois comme ma santé est bonne.
Vois comme l’exercice d’amour m’a durcie.
Mon cœur exulte et ma langue chante.
Mon corps vit d’espoir,
Tandis que tout mon être est dans le lieu d’amour.
Qu’il voie, celui qui a des yeux !
Quelle ravissante image !
Deux corps soudés, étendus sous le drap, un entrelacs
De fleurs, lys frénétiques, huître qui s’ouvre et se referme,
balançoire qui va et qui vient…
Fais balancer ma couche, toi mon vent vigoureux,
mon joyeux compagnon de travail.
Fais osciller ma couche, toi mon rameur de choix,
mon corsaire fou.
Remue-moi jusqu’à ce que je sois toute épuisée.
Jusqu’à ce que j’atteigne par moi-même l’extrémité de ma personne.
Jusqu’à ce que par moi-même je m’anéantisse.
Remue-moi au point que j’atteigne là-bas ce Nulle-Part
– rivage de la joie.
[…]

From the photo story "Lebanon" by Anahit Hayrapetyan